C’est une inquiétude très fréquente au moment d’un divorce, surtout lorsque les revenus des époux sont très inégaux : « Nous étions imposés ensemble ; maintenant que nous divorçons, dois-je quand même payer des impôts liés aux revenus de mon conjoint ? » La réponse tient en trois temps : l’imposition commune, la déclaration séparée l’année du divorce, et la solidarité fiscale qui survit au divorce.
Mariage : imposition commune et solidarité fiscale
Tant que vous êtes mariés (ou pacsés), vous formez un seul foyer fiscal : vos revenus sont additionnés et vous recevez un avis d’imposition unique. Ce mécanisme s’accompagne d’une règle lourde de conséquences : la solidarité fiscale.
Concrètement, chaque époux est tenu au paiement de la totalité de l’impôt du foyer, quel que soit celui qui a perçu les revenus. L’administration peut donc réclamer 100 % de l’impôt à l’un ou à l’autre. Si votre conjoint gagnait beaucoup plus que vous, le fisc peut malgré tout vous demander de régler l’ensemble de l’impôt du couple, y compris la part générée par ses revenus à lui.
L’année du divorce : chacun sa déclaration
Bonne nouvelle pour l’année de la séparation : depuis la réforme applicable à ces situations, l’année du divorce ou de la séparation, chaque époux dépose une déclaration séparée portant sur ses propres revenus de l’année entière. Vous n’êtes donc plus imposés ensemble pour cette année-là : chacun paie l’impôt correspondant à ce qu’il a gagné.
Cette déclaration séparée s’applique dès lors que la vie commune a cessé (divorce, mais aussi séparation avec résidences distinctes dans les cas prévus). Pour l’avenir, la question de la solidarité ne se pose donc plus.
« Mon ex gagnait beaucoup plus » : le vrai enjeu des années communes
Le problème se concentre sur les années passées, celles où vous étiez imposés en commun. Pour ces années, la solidarité fiscale ne disparaît pas avec le divorce. Si un rappel d’impôt tombe, ou si des sommes restent dues, l’administration peut se retourner contre vous pour la totalité, même si l’essentiel de l’impôt correspond aux revenus de votre ex-conjoint.
C’est précisément la situation qui inquiète : se voir réclamer un impôt largement généré par les revenus de l’autre. Heureusement, un dispositif de protection existe.
La décharge de responsabilité solidaire
Un époux divorcé ou séparé qui est poursuivi pour l’impôt commun peut demander à l’administration une décharge de responsabilité solidaire. Si elle est accordée, il n’a plus à payer que la part de l’impôt correspondant à sa propre situation, et non celle liée aux revenus de son ex.
Cette décharge est soumise à trois conditions cumulatives :
- La rupture de la vie commune (divorce, séparation) doit être établie.
- Il doit exister une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et votre situation financière et patrimoniale à la date de la demande.
- Vous devez avoir respecté vos propres obligations fiscales depuis la fin de la vie commune.
C’est un levier essentiel pour le conjoint aux revenus modestes, souvent la personne la plus exposée à la solidarité.
Récapitulatif
| Période | Imposition | Qui est redevable ? |
|---|---|---|
| Années de mariage | Commune (foyer unique) | Les deux, solidairement (chacun pour le tout) |
| Année du divorce / séparation | Séparée | Chacun sur ses propres revenus |
| Dettes fiscales des années communes | — | Solidarité maintenue, sauf décharge accordée |
Les erreurs à éviter
- Croire qu’après le divorce on n’est plus concerné par les impôts communs des années passées.
- Ignorer la solidarité fiscale : le fisc peut réclamer la totalité à un seul des ex-époux.
- Ne pas demander la décharge de responsabilité solidaire lorsqu’on est poursuivi pour l’impôt de l’ex.
- Oublier de prévoir la répartition de l’impôt et des éventuels rappels dans la convention de divorce.
- Laisser passer les délais pour contester ou demander la décharge.
Anticiper dans la convention de divorce
Entre ex-époux, il est possible d’organiser la répartition de l’impôt : la convention ou le jugement de divorce peut préciser qui supporte quelle part des impositions communes et des éventuels rappels. Attention toutefois : cet accord règle les rapports entre vous, mais il n’est pas opposable à l’administration fiscale, qui conserve son droit de solidarité. D’où l’importance de traiter le sujet en amont, plutôt que de le découvrir lorsqu’un avis de recouvrement arrive.
Se faire accompagner
Solidarité fiscale, déclaration de l’année du divorce, décharge de responsabilité, répartition dans la convention : la question des impôts communs mêle droit de la famille et droit fiscal, et peut peser lourd, surtout pour le conjoint aux revenus les plus faibles. Un avocat sait sécuriser votre situation, demander la décharge lorsque c’est justifié et faire inscrire une répartition claire dans votre divorce. Un premier échange permet d’évaluer votre exposition et les protections possibles.
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Sources officielles : service-public.fr — Divorce · Code civil (Legifrance)
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